03 août 2006

A propos du byéri fang au Gabon

Gabon : Tête de reliquaire fang (byéri)



Une production du groupe Program33 pour ARTE


Le 29 juillet 2006, la chaîne ARTE a diffusé une courte émission consacrée à une Tête de reliquaire fang. Les Fang constituent une des ethnies du Gabon et conser­vaient dans une boîte cylindrique des os du crâne de leurs ancêtres ; la boîte était fermée par un couvercle surmonté d’une statuette (ici, une tête). La tête en question appartient au Musée d’ethnographie de Neuchâtel (Suisse) ; elle a été collectée ini­tialement par le RP Trilles, missionnaire au Gabon, au tout début du XXe siècle.

L’émission, signée Ludovic Segarra, montre le tressage des cheveux d’une jeune africaine en allusion à la représentation de la coiffure sur la tête du reliquaire. Louis Perrois commente alors cet aspect et s’étend sur le caractère suintant de cette tête de bois, avant d’expliquer ce qu’est le byéri. Dès ce moment, et pour la plupart des scènes originales, on contemple des images un peu tremblotantes, qui gêne le spectateur habitué à une plus grande stabilité, même dans les prises de vue d’amateur ; peut-être a-t-on voulu accentuer ainsi le caractère vieillot du phénomène décrit. Une séquence est ensuite consacrée à un examen au scanner à Bruxelles ; on y commente le trajet de l’huile dans le bois et la présence insolite de clous, qui n’ont pas de relation avec les miroirs qui symbolisent les yeux. On finit par une vison globale et verdâtre de la tête, qui met bien en évidence sa géométrie. Christian Ndong Mezamet, sculpteur à Libreville, prend alors la parole et commente la forme de la tête en relation avec les concepts de l’art moderne. André Mary revient au père Trilles, découvreur de cette tête de reliquaire, et critique sa façon sommaire de pré­senter les choses, y compris à travers une photographie corrigée prise en fait au Congo. Une séquence intermédiaire de film ancien (à Libreville ?) est intercalée avant de donner la parole à Roland Kaehr, conservateur au Musée d’ethnographie de Neuchâtel, pour lui permettre d’apporter une brève biographie du père Trilles et de rappeler que les statues de reliquaires étaient ointes d’huile de palme par les femmes (qui, par ailleurs, n’avaient pas le droit d’ouvrir la boîte et de participer à la cérémonie du byéri). Le professeur Paulin Nguema-Obam, auteur d’un ouvrage sur la religion fang, dialogue avec Raymond Mayer pour traiter de l’évolution des rites vers la discrétion et de la distinction entre initiés et non-initiés. Le gabonais Jean Ndong Ndinko lui succède pour expliquer les rites en langue locale (mais est-ce du fang ?) et lier le byéri à l’acquisition de richesses. Enfin, Hélène Joubert, du Musée du Quai Branly, apporte une conclusion en présentant d’autres têtes. Il en va de même avec la séquence noir-blanc tirée de la bande « Les statues meurent aussi », qui généralise le phénomène de représentation. Le cinéaste et acteur Philippe Mory, de Libreville, coiffé d’une casquette Mercédès, clôt l’émission pour les Africains en parlant du byéri secret. Quelques images toujours peu stables captées sur une route du Gabon terminent le film.

Cette production interrogera certainement ceux qui s’intéressent à l’Afrique et à ses mystères, mais sans leur donner de véritable réponse sur l’actualité et le maintien du culte des ancêtres et des traditions initiatiques. Si, au niveau de la prise de vue, l’émission se révèle nettement insuffisante, elle a, en revanche, le grand mérite de donner la parole aux Gabonais pratiquement à égalité avec les Européens ; c’est un progrès !